Depuis quelques mois, 'Culé, nouveau voisin de la cage d'escalier voisine de la nôtre, rend hommage au calme de la nuit, une fois de temps en temps, en montant les décibels des hymnes traditionnels Pète-Couilles à 670, puis entonne des hurlements guerriers et bestiaux avec la communauté hystériquement amicale regroupée dans ses appartements. Le tout débute généralement vers 1 à 2 h du matin. Doit s'en suivre le rituel de mise à mort d'une génisse, comme en témoignent les cris stridents et les sabots martelant le sol pour échapper au sacrifice. C'est au petit jour que cessent les festivités, quand il est à peu près 5h et que là, vraiment, j'aimerais réussir à trouver le sommeil parce que dans deux heures et demi je me lève.
Toutes les trois semaines, ça agace au bout d'un moment.
N'ayant pas le code de la porte donnant dans la cage d'escalier de 'Culé, je ne peux ni rassembler mon courage pour aller troubler ce vacarme, ni appeler les flics pour qu'ils le fassent à ma place. Parce qu'eux non plus ne peuvent pas entrer.
Alors la solution c'est d'aller faire un tour à l'agence immobilière qui est également syndic de l'immeuble, pour lui demander le code de l'immeuble de 'Culé. "Vous comprenez, pour des raisons de sécurité, on ne peut pas vous donner le code de cet immeuble, je dois d'abord en référer à mon patron, laissez-moi votre numéro de téléphone, je vous rappelle dès demain", a dit la chevelue de l'agence il y a trois semaines.
Jusqu'à aujourd'hui, pas de nouvelles, donc retour à l'agence, où une dame très gentille donne immédiatement le code de l'immeuble, et où subitement déboule la chevelue, qui curieusement me fait me sentir idiote et coupable de venir me plaindre du bordel que flanque un voisin qui ne doit exister que dans mes rêves les plus fous. "Vous comprenez, personne d'autre que vous ne s'est plaint, c'est ça aussi"... Merde, en fait tout doit se passer dans ma tête, je simule des insomnies en les imputant à un voisin imaginaire dont personne n'a remarqué la bruyante présence nocturne.
Remerciements à la gentille dame au code, maintenant si on appelle les flics ils pourront entrer dans l'immeuble. "Vous devriez aller frapper à la porte de la personne au préalable, plutôt que de directement appeler la police, ce serait peut-être plus courtois, vous comprenez ?" Ah oui la chevelue est toujours là, de moins en moins avenante, voire désagréable, fidèle à l'adage selon lequel on ne survit qu'en plaçant "vous comprenez" dans toutes ses phrases.
C'est elle qui nous conseillait, à mon grand barbu et moi-même, concernant le prédécesseur de 'Culé qui décibélait à 580 toutes les trois nuits et qui avait même poussé le bouchon, Maurice, jusqu'à faire un paintball dans sa cage d'escalier en pleine nuit suite à sa rupture avec sa mie, elle qui nous conseillait donc d'appeler directement la police qui se déplace toujours et qui entre facilement dans n'importe quel bâtiment. "Vous comprenez, mieux vaut appeler directement la police dans un cas de vacarme nocturne, ne vous déplacez jamais, surtout pas seul(e), on ne sait jamais sur qui l'on peut tomber, ni dans quel état."
Mais là, il faut être courtois avec le voisin dont personne ne se plaint sauf nous, et surtout ne pas faire remarquer à la chevelue qu'elle aurait pu avoir la correction de nous rappeler comme promis.
Parce que là, elle sort les crocs. La salope.
Comeuntses