Il était une fois une petite voiture noire coincée dans ces furoncles de foutriquets de bouchons de merde, putain quoi fait chier bordel c'est pas possible quoi merde. A son volant, une jeune damoiselle friande de découvrir la ville et les gaz d'échappement qui vont contribuer à foutre en l'air la planète, quoi, féchier merde, on respecte plus rien de nos jours, protégeons la nature bordel, et vive le Fly-Tox, et Hûûk Hûûk dirait le capitaine Haddock. Mais là n'est pas la question, petit patapon. "Prenons notre mal en patience", se dit la jeune damoiselle, alias moi, avant d'ajouter "Allez tiens, je vais même profiter de la douce odeur de gaz d'échappement, je vais ouvrir ma fenêtre". Horreur, vlà t'y pas que qu'est-ce qu'y a t'y pas sur le rétro avant gauche de la voiture ? Une énorme toile d'araignée, avec son auteur qui pendouille en-dessous. J'entreprends (avec moult pincettes) de flanquer mon index sur tous les grands fils de toile de cette p**** de bestiole qui relient le rétro et la fenêtre. Allez courage. Un... deux... le troisième... Allez l'en reste plus qu'un, et ensuite l'araignée, avec un peu de bol, va tomber sur la route. Pfchoute coup d'index dans le dernier fil de toile, HORREUR L'ARAIGNEE EST ACCROCHEE AU FIL QUI EST ACCROCHE A MON INDEX QUE JE VIENS DE RENTRER A L'INTERIEUR DE LA VOITURE...
Bon... Restons calme... pas de panique... Une araignée d'une taille tout de même considérable avec un énorme abdomen (typée araignée de jardin, deux centimètres environ d'envergure, ce qui n'est pas tant que ça, mais qui paraît deux mètres d'envergure quand on a une trouille bleue des araignées) est quelquepart juste à côté de moi, dans MA voiture, sans MON autorisation, et le PIRE, c'est que je ne la vois même pas, vu qu'il fait nuit, et que je peux pas allumer de petite ampoule dans la voiture... En plus j'ai peur d'avoir peur de là où je vais la voir, donc finalement c'est très bien que je n'y voie rien.
Je suis toujours dans les bouchons, je vais quand même pas me garer et reperdre une demi-heure dans les embouteillages, je suis un warrior, je continue. Je médite donc, zen attitude, faisons le vide, ne pas faire de geste brusque si je la vois. Je me conditionne à mort en me disant que de toute façon, y'a peu de chances que dans toute la place qu'il y a dans la voiture, elle ait choisi mon corps bourrelé pour faire une petite exploration.
Allez ça repart. Périph. Sortie du périph. Feu rouge. Sous un lampadaire. Je m'arrête. Je regarde partout, je ne la vois pas. Puis je vois du coin de l'œil un truc qui gigote vers le bas. HORREUR, ELLE EST AGRIPPEE A LA DOUBLURE DE MON MANTEAU... Pas de panique, trouver n'importe quoi pour l'assommer. Pas le temps d'enlever ma chaussure, d'autant plus que celle-ci est au bout de mon pied qui est sur la pédale de frein, et idem pour l'autre et la pédale d'embrayage. Je ne trouve que la merde de chiffon dépoussiérant qui traîne par terre. Je balance des coups de chiffon décidés vers la doublure de mon manteau, et quand j'en compte 581 et que les voitures de derrière commencent à klaxonner parce que le feu est passé au vert, j'avance.
Au feu d'après, je scrute, mi-soulagée, la doublure de mon manteau pour voir s'il y a des rescapés. Et oui, y'a des rescapéEs, une patte, deux pattes, trois pattes, toutes les pattes qui gigottent péniblement. Rebelotte, coups de chiffons, sueurs froides, restons zen ce serait con d'avoir un accident pour une salop***** d'araignée de p**** de ch****, vite, une place de parking, vite, ne pas rater le créneau. Elle doit être toute écrasée dans la doublure de mon manteau, qui est fermé, donc elle est peut-être collée à mon pantalon, ou pire, en train de remonter le long de ma cuisse.
Créneau réussi. Pas de lampadaire. Appartement pas loin. Courir. Mon sauveur doit être à la maison. Courir. Le plus lourdement possible pour que les chocs fassent tomber l'araignée, si elle est vivante, sur le sol. Gravir les marches 4 à 4 (enfin les huit premières, après je suis déjà exténuée). Clé dans la serrure. Bruits de pas dans l'appartement. La voix rassurante que j'attendais : "Salut, t'as passé une bonne journée ?". "Euh j'ai un truc à te demander c'est très urgent je hurle pas pour ne pas te faire peur mais au secours aide moi je dois avoir une araignée sur moi et j'ose pas regarder où elle peut être vite enlève moi mon manteau sinon je crois que je vais m'évanouir" (le tout sur un ton archi monochorde, le plus calmement possible pour ne rien faire paraître de mon hystérie affolée intérieure, mais également le plus rapidement possible parce que pendant toute cette tirade, Dieu sait dans quel recoin de mon anatomie l'autre saleté s'est cachée).
J'ai fini en culotte sur le parquet, mes affaires éparpillées partout, mon sauveur les secouant dans tous les sens en me répétant "T"inquiète pas t'inquiète pas on va la trouver". Et on l'a pas trouvée. Donc elle est peut-être tombée dans la rue, ou encore dans la voiture, ou pire, dans mon sacamain ou dans mon manteau. Demain je les brûle.
Moralité : partout où toi aller, Baygon Vert toujours emporter.
Comeuntses